


Frédéric Aspisi écrit dès l'âge de treize ans des récits insensés pour briser une vie monotone, aussi parce qu'il aime, aussi parce qu'il hait. Il écrit des poèmes puis des chansons pour le groupe hardcore "L'esprit du temps" qu'il a fondé avec un ami, avec qui il écrit aussi des scénarios pour des films d'études de cinématographe qu'ils poursuivent à Madrid (T.A.I.). Quand il rencontre le théâtre, son écriture se penche sur le genre et dès lors il écrit, met en scène (et souvent joue aussi) des pièces. Ce sont notamment Histoire de Prénoms, Le vase, À bas le bonheur !, Le froid passe par le bas... Au tournant du siècle, Frédéric Aspisi décide de changer sa manière de travailler et il écrit différemment ses textes qui deviennent matière théâtrale sans se contraindre aux situations dramatiques et aux personnages : toujours le même fantasme, london style. Enfin des écritures mêlant français et images théâtrales : récréations sacrificielles, Europe-tragedy et le prochain spectacle de la compagnie qu'il a crée en 1994 (ex-cie gospel) : décharges. Du même désir naissent des formes d'écriture peu définissables qui oscillent entre essai et poésie : La mouche, Une apologie bien particulière : Rabeux-Durif (réflexion éditeé chez Séguier-Archimbaud) mais aussi une conférence théâtralisée (la foudre... la prochaine est sur Art et Société) ou un dossier résultant d'un travail de recherche avec France Télécom. En ce moment, il écrit un récit anthracite qui le ramène à ses premières amours d'écriture.
extrait du récit en cours
Les questions s’apparentent à l’enfant. Il suffit pour cela que le désir disparate se ramasse sur lui, que la matière ainsi compressée, produise une chair. L'enfant éthéré devient musculeux et sanglant. Le sang vaporeux devient un liquide qui irrigue la peau - l'enfant est à un stade où l'on peut encore avorter. Au moment de la condensation de la matière, il n’est qu'une peau qui bat aux vents - c'est ce même vent qui féconde la femme. La femme est accroupie entre les joncs et attend d'être pollinisée. Le vent siffle à ses oreilles - la femme est seule. Elle est loin des Hommes et tout près de la mer qu'on entend s'enrouler derrière les joncs. Les alizés enlacent la femme et se ramassent en son ventre - la femme est balayée de semences. Les semences magiques brillent phosphorescentes et se collent au visage de la femme, sous les yeux par exemple. Puis les paillettes fondent à la chaleur de la peau et pénètrent la femme par les pores. Un jour elle est enceinte et il faut préparer la venue au monde d'un être nouveau - le désir d'enfant, c'est dans l'air du temps, comme on dit - la femme règne. J’ai besoin d’aide, semble-t-il, et je crie en silence. C'est le cri de la femme qui accouche en silence, c'est le cri de la mère qui désire crier mais qui n'a pas le temps. À travers les siècles, ces cris silencieux viennent se défaire dans ma bouche muette – on est mélancolique. Temps.

Frédéric Aspisi, écrivain