Mathieu Chauffray évrivain - photo Didier Leclerc Atelier N89 Vauvert

Le véhicule ondulant se remplit de plus en plus et les personnes ne cessent maintenant d’entrer à chaque station. La rame ouvre ses portes rinçantes et automatiques sur des visages, des boutons de chemise, des mallettes et des échancrures. Les sièges se remplissent de chair et l’air s’échauffe et se dilate sous la pression de ces corps qui le chargent. Des regards obliques pour s’éviter. Une femme noire s’assied auprès d’elle dans un pantalon gris et un craquement de vertèbres. Elle tient dans ses mains un journal gratuit au bandeau bleu ciel. Dans le couloir, se tenant à un accoudoir, un petit garçon se tord le cou pour voir à l’extérieur des ouvriers charger des bouteilles de gaz sur un petit véhicule lunaire. En face, faisant couiner leurs sièges, deux lycéens se tortillent et se tiennent la main – elle a un peu de sueur sur la lèvre supérieure. Un grand homme d’affaires s’éponge le front en téléphonant à sa secrétaire. Ses paroles se perdent dans le premier tunnel qui passe.

Il doit y avoir un lien : inscriptions sur les murs, les lunettes orange, les mains langoureuses, portes qui s’ouvrent et se ferment dans la voix lectronique qui scande les noms des stations, le béton jaune, les lignes et les orbes de l’architecture mordante, les bandes phosphorescentes sur les gilets de sécurité des agents, les hyperboles invisibles des grues, la semelle plate des chaussures en lien avec le tonnerre des roues de métal rouillé, les pois sur le cartable, le poids des caténaires sur la ligne, les panneaux publicitaires et l’alternance des galeries en lumière blanchenuit.

Il y a cet homme qui secoue la tête et tend les mains qui fait partie de l’espace entre tous, il y a cette étiquette collée obliquement qui annonce un concert passé, il y a l’entêtement du jeu électronique d’un enfant là-bas derrière, qu’on ne voit pas. Un long pan de réalité citadine. Quelque chose s’esquisse. Il ne manque presque plus rien d’autre que du temps et de la concentration : c’est le cliquetis du train et le lent étirement des voies dans les virages qui lui dicte cela. C’est la cacophonie visuelle des caddies sur le quai, la pluralité des expressions de ces visages, et la vitre qui laisse

passer dans une quasi extase le regard hypnotique des tubes de pvc entassés sur les chantiers.

pour la photothèque de l'Atelier N89 La Laune octobre 2009

Mathieu Chauffray évrivain - photo Didier Leclerc Atelier N89 Vauvert
Mathieu Chauffray évrivain - photo Didier Leclerc Atelier N89 Vauvert

Mathieu Chauffray évrivain - photo Didier Leclerc Atelier N89 Vauvert

Photothèque de l'Atelier Photographique N89

Vauvert Gard - Didier Leclerc photographe présente

Mathieu Chauffray écrivain