Danielle Charest écrivain ; photo Didier Leclerc Atelier N89 Vauvert Gard
Danielle Charest écrivain ; photo Didier Leclerc Atelier N89 Vauvert Gard
Danielle Charest écrivain ; photo Didier Leclerc Atelier N89 Vauvert Gard

BIBLIOGRAPHIE

Pièce de théâtre :
Mais où est mais (éditions le Sabord, Trois-Rivières, Québec, Canada, texte accompagné d'une photographie de Christine Aubree)

Romans policiers :
Conte à rebours (éditions Diesel, Paris), L'érablière, L'échafaudage, L'étouffoir, L'entrave (éditions du Masque, Paris). Essai : Crimes suspects - femmes et hommes dans la littérature policière (éditions Pepper, Paris). En cours : Le tabac a bon dos (essai à la défense du tabac, éditions des Trois Rives, Paris) et Accent poivrés (roman sur le voyage d'une canadienne francophone en France, éditions à déterminer)

BIOGRAPHIE
Née en 1951 au Canada, à Sherbrooke dans la province du Québec, Danielle Charest vit depuis plus de dix ans en Europe (Paris, France).
Elle nourrit son écriture entre autres à partir des expériences acquises dans divers métiers : professeur d'équitation et de français langue seconde, travail en usine et en cuisine, peintre en bâtiment, enquêteur pour divers organismes, décrypteur de cassettes audio, lecteur de manuscrits et romans pour des maisons d'édition, chauffeur de taxi...

Photothèque de l'Atelier Photographique N89

Vauvert Gard - Didier Leclerc photographe présente

Danielle Charest écrivain

Hybrides

Début mars - Sous le mistral, une pluie saccadée mitraille le sol et les tas épars de grosses pierres provenant du mur de grange que l'inondation de septembre a fracassé en emportant avec elle en vrac taureaux et pommiers. Mais je me trompe. Ce n'est pas de la pluie, ce sont les feuilles mortes et sèches de l'automne qui martèlent le sol. Une jeune femme est morte la nuit dernière, écrasée sous un autre pan de pierres que le vent a abattu à coups de hache, annonce la radio entre les murs épais d'un café de Gallician où des villageois jouent aux cartes avec humour.
Pays de petite Camargue, hybride par ses ressources et ses habitations, tantôt mas, parfois bastides ; pays hybride par sa population, mais ça ce n'est pas accepté. Il faut être plus blanc que blanc. Comme à peu près partout. Ici, les marais déterminent la trajectoire des routes. Le faux plat ne l'est pas trop, l'horizon est infini à 360%. A l'exception des ifs et de quelques amandiers, les arbres n'ont pas appris à s'élever, ils se terrent, compacts. Pays d'alternance entre sol et eaux, pays de ponts entre vignes et cactus. Vignes et vergers. Les vignes, dont certaines aux pieds entourées de plastic bleu pour protéger des lièvres, les vergers (à chaque pied d'arbre correspond son pot en métal, de la taille et de la forme des pots de peinture, rempli d'on ne sait quoi) avec leur pommiers au tronc subdivisé en deux bonnes branches solides disposées en V, elles-mêmes chargées de petites branches. Avant même que les fruits soient apparus, celles-ci font ployer leurs tutrices et leurs extrémités louchent vers le sol. Mais le glas a sonné. Les oliviers bousculent le paysage, s'installent dans les champs en damier : pierres ocres et herbe que broutent les chevaux blancs. Amicaux. Que broutent les taureaux aussi. Je n'ai jamais croisé de bêtes aussi peureuses. Et je comprends mieux pourquoi les guardians et toréadors n'ont pas envie que les femmes lorgnent vers leurs métiers. Elles découvriraient la fragilité extrême de ces animaux rendus mythiques à coup de légendes. Non hybrides.