« L’ombre photographique »
Pour les Rencontres d’Argelés 2011 : « Le Roi soleil et le Soleil roi ».
Soleil- rayons- aura- lumières du matin- lumières du soir- ombres dures- ombres veloutés- spectres- fantômes- sculpter- capter- advenir- émerger- susciter- dévoiler- écraser de lumière- voir- regarder.
L’ombre et la lumière sont liées viscéralement l’une à l’autre. Toutes les deux sont les matériaux de base du photographe. La prise photographique de l’ombre participe aux premiers questionnements : qu’est-ce que l’on voit d’une ombre, ombre comme reflet, ombre comme diffraction, ombres nous rappelant celles de la caverne de Platon nous indiquant l’existence d’objets/sujets d’un autre monde inaccessible ?
L’ombre comme élément inséparable du rayonnement solaire ?
L’ombre portée du photographe qui nous plonge dans la sphère géophysique du cadran solaire ? L’image de l’ombre découpée sur la lumière qui pose notre relation physique au positionnement de la planète d’avec celui du soleil ?
L’ombre projetée qui matérialise notre présence dans le cosmos à un instant T unique et répétitif ?
Alors demandons-nous ce que nous photographions dans les moments où l’ombre n’existe pas, c'est-à-dire durant les instants où les rayonnements du soleil sont absents ?
Intrigue originelle de l’ombre, prise comme survivance de l’âme !
Intrigue du double projeté !
Intrigue de l’image déformée, modelée suivant les déplacements de la rotation et de l’inclinaison de la Terre !
Intrigue des croyances aux danses de l’enfer dont parle Virgile dans l’Enéide !
Intrigue des dessins du refoulé aux danses macabres !
Intrigue des fantômes de nos avenirs inéluctables à portée de vue, jeux de futurs ramenés au présent émietté !
L’abondance de lumière écrase le sujet, l’anéantit, le pulvérise : hantise du photographe ! Trop de lumière éblouit, annihile la vision, brûle les yeux et la pellicule, piège et détourne comme le fait l’abondance des enseignes lumineuses des grandes villes, abusés que nous sommes tels des insectes, par la clarté artificielle des leurres installés ! Quel pourrait-être alors le rapport du photographe, écrivain de lumière, au Soleil roi et au Roi soleil ?
- Voué à une dépendance intrinsèque à la lumière au moment de la captation de l’image, le photographe pourrait-être ce « compagnon-voyageur » parmi les explorateurs, naviguant entre deux extrémités (l’une débordante de lumière qui détruit par surexposition, l’autre qui annule l’existence du sujet par défaut de luminosité) compagnon cheminot en quête d’une ombre soleilleuse, comme écrivait Marie Mauron, caressant de velouté, nos images du monde.
Didier Leclerc, photographe / Atelier N89, octobre 2011.






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