Atelier N89 Didier Leclerc photographe
Extraits du livre
De la lumière et des pierres, Cévennes

Textes de Bernard Pignero, photographies de Didier Leclerc



Le marcheur est censé trouver du réconfort dans des traces d'un geste humain, fût-il le plus arbitraire. L'empilement des pierres, même en dehors de toute utilité évidente, est une nécessité qui signe le passage de l'ordre dans le chaos. On ne saurait renoncer à des illusions dont on est constitué.
Des pierres rangées en tas réguliers, comme des lingots de temps. Elles restent là, au bord du chemin. Désormais sans valeur pour les constructeurs de l'édifice, elles ont entrepris une méditation collective sur le sort du monde.
Elles n'ont aucune illusion sur la longévité des pyramides, elles voient plus loin.

 

Il s'agit aussi de baliser nos territoires de chasse. Nous nous créons des repères affectifs que nous matérialisons avec une candeur un peu suspecte. Chaque randonnée est une petite épopée victorieuse qu'entache l'idée de devoir entretenir ces conquêtes. Graver nos initiales sur un rocher ou un tronc ne nous rassure qu'à moitié sur la pérennité de nos empires.

cairn extrait du livre de photos De la lumière et des pierres, Cévennes Didier Leclerc photographe

paysage cévennol extrait du livre de photos De la lumière et des pierres, Cévennes Didier Leclerc photographe

L'herbe givrée fait un bruit sec et doux sous les pas. Je me souviens d'un baiser volé à l'hiver sur tes lèvres froides. Ton haleine était chaude comme une promesse de feu de bois dans la cheminée, au retour de la marche. L'hiver tient des promesses plus cruelles.

Nous marchons comme nous aimons, avec une obstination louable quoique désespérée au fond. Nous nous contentons de compensations immédiates. Sagesse au ras de l'herbe.