Photothèque Atelier N89 - Didier LECLERC - Denis Lanoy :
Biographie subjective de Denis LANOY, metteur en scène


PROTOCOLE :
Construction autour de la notion de biographie :
- Denis Lanoy, metteur en scène,
- Didier Leclerc, photographe,

Titres :
- "Denis Lanoy : naissance d'une biographie subjective"
- ou encore : "Des mots et des images utilisés à propos d'une biographie biaisée de Denis Lanoy."
- ou encore "Regarder et prendre la vie par les deux bouts, tentatives d'une biographie partielle et partiale de Denis Lanoy"


Le projet :
- Avant : dans la mouvance des désirs naissant, quelques apparitions de textes et de portraits. Où il est déjà question d ' "Etre-là" !
- Pendant : une écriture quotidienne de l'auteur ; des images tous les 28 jours pendant 9 mois du photographe ; des balises pour l'"Etre-là".
- "Etre-là" : de tous les possibles envisageables !

Nous vous donnons rendez-vous sur le site pour
- la première parution : le 28 janvier 2001,
- la deuxième parution : le 25 février 2001,
- la troisième parution : le 25 mars 2001,
- la quatrième parution : le 22 avril 2001,
- la cinquième parution : le 20 mai 2001,
- la sixième parution : le 19 juin 2001,
- la septième parution : le 17 juillet 2001,
- la huitième parution : le 14 août 2001,
- la neuvième parution le 11 septembre 2001 à H-1 et à H +1 : "Etre-là" !


 

Premiers textes

Texte 0

Je suis né à Meaux. Il y a deux manières de nommer un natif de Meaux : Meldusien ou Meldois. J'ai toujours entendu, parce que les mots à l'ouïe sonnent autrement que imprimés : Mêle-toi, alors c'est ce que j'ai fait, me suis mêlé au monde, emmêlé aussi, Mêle-toi de ce qui ne te regarde pas ; ça m'a conduit à la mise en scène pour démêler le trou d'où je suis sorti.
Denis Lanoy, le 28/11/2000

Texte 1

« Re-faire sa vie » : expression consacrée mais détestable parce qu’insensée.

N’ai qu’une vie, avec boires déboires, chèques échecs, réactions régressions et progressions, et tutti à l’avenant.

Re-faire, ça n’est pensable que repartant de zéro, avant même conception. De facto, c’est donc impensable.

Texte 2

Je ne peux (supputer l’écriture) calculer par avance cela qui sera, tout au plus cela qui se conclut de cela qui fut.

Texte 3

Ca va durer ça va pas durer je n’en peux plus j’en ai assez plus qu’assez qu’est-ce qui nous vous intéresse je ne suis personne le monde les autres tout les autres quand je pense à moi au fond c’est toujours en rapport aux autres et si je me définis en rapport aux autres je me dis tiens je ne suis pas comme untel je fonctionne autrement tiens ça celui-là me ressemble à priori je ne suis personne je devais avoir six ans cinq ou sept enfin cinq six sept ans j’avais même une casquette de marin je me suis dit si mon père n’avait pas épousé ma mère je serai que la moitié de moi-même et je me suis dit après que si ma mère n’avait pas épousé mon père je serai deux personnes différentes et ça ça m’a énormément …ma personnalité elle s’est ramassée petit à petit je me suis aperçu que puisque mon père avait épousé ma mère j’avais deux points de repère j’ai commencé par pensé que je devrais leur ressembler que j’étais comme ma mère j’ai toujours aimé ressembler et avoir des points de sécurité et petit à petit les choses se sont décantées j’ai vu les gens auxquels je ressemblais les gens auxquels je ne ressemblais pas puis je me suis aperçu qu’il avait des choses des tas de choses pour les quelles je ne ressemblais guère.

Texte 4

A Didier Leclerc

C’est curieux. A considérer la photographie comme une preuve évidente de la réalité ; à considérer la photographie, le tirage révélation, comme une affirmation, on en oublie qu’elle tient d’abord sa réalité propre dans le négatif . Négatif propre à négation. Parce que si tu veux me filouter, t’as qu’à me flouer un peu et j’apparaîtrais moins précis que je ne suis, ou encore tu peux effacer qui me tient la main sur le négatif. En fait c’est le côté positif de la photographie qui peut s’avérer, advenir négation, pas sa preuve d’authentique négative. Le truc est toujours une possibilité après coup. Toujours ce à quoi je pense contemplant des photographies positivées : n’y a-t-il pas quelque chose disparue ? Une volonté cachée, masquée, d’effacement ?

Je ne te dis pas mon angoisse face aux nouvelles technologies de l’image, où le positif et le négatif sont même chose, où encore plus effrayant le négatif n’est plus rien du tout, où la trace de l’origine avant filoutage trucage n’apparaîtra jamais plus.

Il y a la part archivée d’objectivité du négatif qui n’existe plus. « Toute technicisée image du futur » ne pourra être considérée que comme pure subjectivité. Alors la photographie ne pourra être qu’artistique. Feu du reportage. Pour témoigner de l’Histoire historique des hommes il y aura nécessité d’autres moyens. Ou revenir à la langue, l’écriture de la langue. Parce que tu sais le positif dans l’écriture, la langue verbiée, je pense qu’il n’existe pas. Je pense que n’existe que le négatif. L’écriture, du moins celle du profond, du trou noirâtre d’origine, « là d’où ça sort » dit Novarina, de tous les trous, des pores, elle ne repose que sur l’équivalent du négatif en photographie. Il y a ceux qui singent, s’ingèrent en littéré, le policé du monde pour en faire une fabrique de positifs truqués, de clichés bien ravalés. Mais ceux qui écrivent vraiment, qui « merdrent » comme dit Christian Prigent, ne veulent oser que du négatif non truqué, donc sans négation, mais fulminant, ne craignant rien de ce qui sort de l’homme, le laissant intact au contact révélé du regard. Face à face, face à fesses, fesses à face.

Je m’en remets donc à toi pour le côté « image facée du monde ». Et je trouve encourageant que contrariant le règne des accapareurs, appariteurs, des images officielles, tu veuilles tenir ce projet à grands coups de négatifs.