Photothèque Atelier N89 - Didier LECLERC - Denis Lanoy :
Biographie subjective de Denis LANOY, metteur en scène


Présentation du projet de biographie subjective

Tryptik Théâtre

 
Denis Lanoy metteur en scène - photo Didier Leclerc
Neuvième et dernière parution

1 de IX
J'ai changé d'disque.

2 de IX
M'préfère barbu que rasé du matin. En conséquence, le plus souvent je me rase le soir, avant le coucher, rare qu'en c'est plus de deux fois par semaine. J'y vois trois avantages,
Premièrement, c'est moins la course le matin, douche, petit déj, caca, pas partir en retard à l'école.
Deuxièmement, le matin, jsuis plus maladroit que le soir, c'est fréquent que je me coupe la peau du cou, ou aux bords des lèvres le matin, le soir pas.
Troisièmement, le soir, j'ai les jours douces pour m'coller à la peau d'(L).

3 de IX
Volontairement, une seule fois j'ai allumé le matin, au réveil, immédiatement levé, corps encore lourd de la nuit, cheveux hirsutes, pensées brumées, la télévision.
C'était pour "Tempête du Désert". Levé, j'avais d'abord radiolé, et entendant les nouvelles, que c'était parti pour de bon, guerre propre, bombardements aériens, offensive terrestre, tanks en avant dans le sable, j'ai allumé la télévision, ma télévision, à cette époque là, une minuscule Radiola couleur bleu nuit, y'avait ni touche ni télécommande, mais un bouton à tourner pour changer les chaînes, un autre pour le son, un autre pour le contraste, et uniquement en noir et blanc.
Le soir, j'suis allé manifester ma désapprobation devant la préfecture.

4 de IX
Pour les autres, ceux qui vivent, travaillent, avec moi, peut?être est?ce une sale manie, j'ai le réflexe, dès que je vais quelque part, change de pièce, d'annoncer où je vais, ce que je vais faire, y faire, y compris le plus fûtil, le plus bénin, chercher le courrier, descendre les poubelles, aller aux toilettes, prendre une douche, enfin toutes choses qui pourraient se passer, de ma part, d'une annonce officielle, sauf à croire, mégalo obligeante, à l'importance de chaque chose que je fais, bon passons, c'est plus sérieux que çà, j'ai appris dès tout petit, acquis le langage et la marche, à toujours annoncer où j'allais et pour combien de temps, c'était une règle, vitale, sur la péniche, une obligation, qui, si elle n'était pas respectée créait beaucoup d'inquiétude.

Denis Lanoy metteur en scène - photo Didier Leclerc      

5 de IX
Etre une personne, pas une personnalité.

6deIX
Nous sommes au proche d'être, quoi dans la poche, bientôt la sortie, la fin des 9 mois d'autobiographie discursive, petits bouts, petits bouts, bouteille à la mer.

7deIX
J'ai joué au football, fait du judo, ceinture jaune, au football, j'étais gardien de but, goal qu'on disait, tout ça, temps de l'enfant et début d'adolescence, puis j'ai tout laissé tomber, à quinze ans, m'amusais plus de courir, transpirer, taper dans le cuir, je ne sais pas pourquoi, un désintérêt inexplicable.

8 de IX
Généalogie : Antoine, Thérèse, Guy, Corinne, Hubert, Marcelle, Marcel, Yvot, Raymonde, Rolande, Daniel, Stéphanie, Patrice, Patricia, David, Adrien, Frédéric, Fanny, Pascal, j'en oublie, j'en oublie, c'est sûr, mais je n'ai jamais eu l'esprit balzacien, la tournure romanesque, grande fresque, saga de la famille.

9deIX
9 de 9, quoi de neuf.

10 de IX
Pluie. Jours de pluie. Pas orage.

Je me rentre dedans comme en myopie, paysage du lointain dedans. Toujours que, depuis l'enfant, j'm'attire au soin, bon soin, de cette douceur. Généralement, si c'est dimanche du dedans de la pluie, je me réveille pas trop tard, peluche à droite à gauche, petit déjeuner, pipi caca, et vais me replumer sous la couette en prenant un livre, ivre avide de profiter de cette protection bienveillante de n'avoir pas à mettre le pif dehors.

photographie Atelier N89 - Didier Leclerc

11 de IX
Depuis que je me suis mis à écrire à l'ordinateur, les peurs sont différentes, c'est que j'ai plus crainte maintenant de la panne de la machine, la fausse manoeuvre qui bloque l'outil, assez autonome pour n'en faire qu'à sa mauvaise volonté, que de moimême, le trou de moi.
Cela, me semble-t-il, résume, en petit et intime, assez les grandes craintes du monde d'aujour. C'n'est plus soi qu'on craint à proprement parler, mais tout ce qu'on à découvert, inventé, mis en branle et ordre de marche, de combat suis-je tenter d'écrire, pas avec la volonté de nous nuire et qui parfois nous semble prêt à nous péter à la gueule.

12 de IX
II me semble, c'est une suite logique de ce que pressenti hier, voir en arrière, que nous avons plus de facilité, de plus en plus de facilité, de plus en plus de raisons, de sombrer dans une pathologie schizophrène. Mon temps de l'enfance, temps de l'adulte des parents, m'apparaît avoir échapper à ce constat. Mais mon temps de l'adulte, NON, PAS ÉCHAPPÉ, parce que jamais nous n'avons été mis en relation si directe, si immédiate, avec notre passé, par la constitution d'archives filmées qu'on nous repasse sans cesse, qu'on ressasse à profusion, qui nous culpabilisent, nous poursuivent dans nos rêves, alors que nos parents, arrières et au-delà grand-parents, n'avaient d'images de rêves que leur présent, nous avons, ma génération, pour la première fois, à faire avec le passé, les images du passé dans nos rêves.

photo Atelier N89 Vauvert

13 de IX
II me semble, qu'en matière autobiographique, il eut été, plus juste, à défaut d'être plus intéressante, de m'en tenir à une tentative rigoureuse de définition de ce qui constitue ma manière de pensée, ma matière de pensée, une autobiographie de la pensée, plutôt qu'une autobiographie des faits de la vie.

14 de IX
II me semble, oui, il me semble, je vais terminer ce travail biographique, les quelques retours qui viennent encore, forcés encore, en toujours commencer par il me semble, me semble, que mon sang ne tourne pas plus rond que le monde, me semble, en peut-il être autrement, il me semble, en effet, que même mes souvenirs sont imparfaits.

15 de IX
II me semble, ce n'est pas faux semblants, que mon incertitude n'est pas même une certitude.

16 de IX
II me semble qu'ajouter à tout le fatras du monde
qu'ajouté à tout le fatras du monde

quelle orthographe choisir ?

n'est pas grand chose

sauf à être résistance à tout le fatras.

17 de IX
II me semble que je me ressemble.

18 de IX
II me semble que je me désassemble, me démembre.

19 de IX
II me semble que matière fissible, même rendue invisible, je suis et resterai inépuisable, c'est une impression innée puisée dans l'origine du monde.

20 de IX
II me semble qu'on me reproche souvent, dans mon travail, une certaine noirceur, un certain pessimisme.

21 de IX
II me semble qu'on ne me reprocherait pas, dans mon travail, une certaine blancheur, un certain optimisme, mais dans ce cas, travaillerais-je vraiment, ne serais-je pas plutôt un tire au flanc qui profiterait du besoin pathologique de notre modernité à larver sur l'divan, l'divan, qu'il soit devant la télé ou dans l'cabinet du psy.

22 de IX
II me semble, cher Didier, qu'à quelques jours de clore, il me faut ici te remercier de mvoir, pardon, de m'avoir, pousser à tirer du clair.

23 de IX
II me semble, cher Didier, que dans six jours, le 12 septembre 2001, je serais un petit peu désemparé, profil bas, de n'avoir plus à me soucier d'alimenter ma viande des quelques échos du bas monde, du bas môme de moi. Cela sera vraisemblablement un autre monde qui commencera.

24 de IX
II me semble que j'ai envie de voyager, et que j'ai quelques destinations en vue, nous en parlons souvent (L) et moi, La Pologne, l'Autriche, Berlin, Budapest, New York, il me semble curieux que des choses ainsi projetées vers l'avenir, des voyages, des envies pour les années à venir, soient si intimement liées au projet autobiographique, comme si se projeter ne pouvait s'envisager que d'avant.

25 de IX
II me semble parfois que j'aurais vraiment dû m'acharner à peindre, à écrire aussi, et que si j'ai choisi la mise en scène, c'est un peu par défaut, par fainéantise des deux autres.

26 de IX
II me semble avoir dit beaucoup de choses vraies.

27 de IX
II me semble que demain arrive vite.

28 de IX
II ne me semble pas, aujourd'hui, cher Didier, nous sommes le 11 SEPTEMBRE 2001, tout arrive, le pire comme prévu, il y a quelques jours, plus haut, j'écrivais mes désirs de voyage, New York est détruite, je ne verrais jamais donc cette ville comme je l'imaginais, je te disais aussi, que je pensais qu'à compter du 12 septembre, ce serait pour moi un autre monde, je ne savais pas à quel point j'étais dans le vrai, le vingt-et-unième siècle à commencé pile à l'instant où nous avions décidé que se terminerait notre expérience.

Denis Lanoy metteur en scène - photo Didier Leclerc

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