Laurent Contamin, auteur dramatique
Laurent Contamin, auteur dramatique
Laurent Contamin, auteur dramatique

Laurent Contamin, auteur dramatique

Sur le processus d’écriture lui-même, je n’ai pas vraiment de doxa – je veux dire que j’écris soit à l’ordinateur soit à la main, le plus souvent un peu des deux, par couches successives – j’appelle ça la méthode Ripolin, vous savez, couche après couche, en laissant sécher – ; que j’écris aussi bien de manière fragmentée, par petites séquences, que par périodes ramassées (en résidences d’écriture, notamment, j’aime assez la densité de travail que ça offre), que ça peut être le matin, l’après-midi, le soir, etc… Bon : rien de très passionnant à raconter là-dessus, j’ai besoin d’un silence absolu et d’une vue dégagée devant moi, si possible une fenêtre donnant sur le ciel, rien donc, désolé parce que je sais que souvent c’est un peu le genre de révélations que le public attend d’un écrivain (ce que Julien Gracq appelait : « faire visiter les cuisines »), rien de notable ou d’original, non, sinon que quand j’ai le temps, j’essaye, avant de me mettre à écrire, de prendre un quart d’heure pour un petit déverrouillage des articulations, un échauffement des muscles, un réveil de la peau, une prise de conscience de mon corps, sa prise en compte, oui : dérouiller la machine, laisser la voie libre aux impulsions (ce qui va de moi vers le monde) et aux sensations (ce qui vient du monde vers moi), des choses aussi bêtes que prêter attention à ma respiration, à l’espace autour de moi, le rapport au sol, aux appuis, la mesure de l’espace, le temps qui s’écoule, sa mesure… – quoi d’autre ? que j’écris souvent – bien que douloureusement – plusieurs choses à la fois, et que j’écris rarement plus de quatre heures par jour.
Si, peut-être dire aussi tout de même, que souvent j’écris des bouts sur ordinateur (j’écris plus vite maintenant au clavier qu’au crayon, ça « jaillit mieux »), et puis j’imprime, je découpe ces bouts-là. Je colle ça sur des cahiers, en laissant des espaces blancs, des pages ou demi-pages blanches. Et puis dans les blancs je colle parfois des images (je découpe beaucoup d’images, j’ai une grosse banque de données d’images collectées depuis une dizaine d’années), ou je rajoute des choses à la main, ça se remplit comme ça, et puis je reprends tout ça plus tard sur l’ordinateur, ad libitum.
Globalement, l’esprit de ça, c’est de trouver les points d’équilibre du ressort entre surgissement et vraisemblance, entre pulsions et sagesse, le geyser et la nappe phréatique, tout ça –  ou encore cette phrase de Bonnefoy qui résonne avec ma manière d’écrire : « Quelque chose comme une vigilance à ce carrefour de Forme et de Présence qui n’est peut-être que le lieu d’hésitation obligé d’une pensée qui utilise des signes ». Oui, ça se résumerait à ça : il s’agit toujours de ne jamais sacrifier la forme, et de ne jamais sacrifier la présence.

Laurent CONTAMIN
Pour l’Atelier N89 la Laune, mars 2010.

Biographie :
 http://www.laurent-contamin.net/page.php?art=77


Bibliographie : 
http://www.laurent-contamin.net/page.php?art=2


Site : 
http://www.laurent-contamin.net

Photothèque de l'Atelier N89 - Didier LECLERC :

Laurent Contamin , auteur dramatique