Portrait de Gérald Gruhn, auteur dramatique. Photo Didier Leclerc Atelier N89 Vauvert Gard
Portrait de Gérald Gruhn, auteur dramatique. Photo Didier Leclerc Atelier N89 Vauvert Gard
Portrait de Gérald Gruhn, auteur dramatique. Photo Didier Leclerc Atelier N89 Vauvert Gard
Portrait de Gérald Gruhn, auteur dramatique. Photo Didier Leclerc Atelier N89 Vauvert Gard

À moins que ce ne soit les deux pieds ancrés dans la terre, accroupi au bord du torrent, les mains glacées nouées au fil de l’eau, le vent, les cheveux qui caressent le visage, le soleil dans les yeux, le bruissement des feuilles, d’arbres, de papier, d’espoirs à renaître encore, plus près des choses ?

À moins que ce ne soit un spermatozoïde qui gagne la course folle, et puis la chair et les os, et la peau, oui, la peau, aussi, surtout, pour que les papillons dans la tête puissent se reposer quelque part ?

À moins que ce ne soit une carcasse, échouée dans la vie, comme un vaisseau spatial presque en panne sur la terre, des éraflures de météorites sur la carlingue, certaines que vous pouvez voir là, comme des cicatrices, et d’autres à l’intérieur, pas pire que tout le monde, pas mieux que tout le monde, le sentiment de pouvoir décoller toujours vers une autre planète, l’équipage en permission reviendra bien un jour ?

À moins que ce ne soit un petit animal, un petit ours, celui dans les bras de mes enfants lorsqu’ils sont dans mes bras, la tranquillité d’un bébé qui dort, sa force fragile, des lettres à la craie blanche sur un grand tableau noir, un stylo qui pleure, les doigts pleins d’encre, les genoux râpés, un enfant qui s’envole par la fenêtre ?

À moins que ce ne soit une bouteille de vin qui se partage entre amis, à s’entrouvrir le coeur, à défaire le monde, à tricoter des rêves en écharpes pour l’hiver, le bruit des châtaignes brûlantes qu’on écrase, qu’on souffle dans sa bouche entre deux rires francs ?

À moins que ce ne soit la douceur d’une plume sur un sein, les yeux qui racontent sans parler, qui percent les secrets dérisoires de nos quotidiens magnifiques, les yeux qui se retournent en dedans d’impudeur, la langue calcinée qui écoute les mots simples, ou alors le silence d’un regard caché derrière des paupières closes ?

À moins que ce ne soit la violence, la colère, celle d’un jour, ou celle de toujours, la révolte, l’énergie du cri, une tempête dans un verre d’eau de vie, le mouvement perpétuel, une houle, et le temps qui passe, les secondes comme des graines semées à la volée dans l’inutile et les nuages ?

À moins que ce ne soit qu’une histoire de plus, à moins que ce ne soit rien du tout, car rien du tout plus rien du tout, finalement pourquoi pas ?

Gérald GRUHN, le 16 novembre 2005, 23h57 et quelques secondes comme des graines semées à la volée dans l’inutile…

Bibliographie :

L’Aiguilleur du Ciel ( éditions Art et Comédie)

Bon Anniversaire Pierrot (Cahiers du Petit Théâtre de Vallières, n°1)

Griotte ou une histoire de framboises ( éditions l’Harmattan)

Photothèque de l'Atelier N89 - Didier LECLERC :


Gérald GRUHN, auteur dramatique