Photothèque Atelier N89 - Didier LECLERC :
Reportage plateau :Têtes farçues d'Eugène Durif
Têtes farçues d'Eugène Durif
Mise en scène: Denis Lanoy, Triptyk théâtre de Nîmes,

Création le 7 janvier 2003 à l’Odéon de Nîmes avec: Marie Augereau, Linda Chaib, Stéphanie Marc, Jacques Allaire, Jacques Artigues, François Kopania, Vincent Leenhardt
Costumes : Isabelle Roche
Lumière: Anna Diaz
Peinture: Stella Biaggini
Photographie : Didier Leclerc
Construction et régie: Camille Artigues

Je définis comme réalisme le souci que j'ai de mettre Têtes farçues en face du monde d'aujourd'hui. Que l'histoire soit sans l'Histoire. Dans le politique. Qu'on puisse en rire.

Tragique d'en rire pour y réfléchir. Si le miroir est grossissant, il n'est pas déformant.

J'ai donc à proposer quelque chose que je pourrais dire être "réalisme hollywoodien". Ce genre de comédie exacerbée qu'on frôle parfois sur nos écrans Où le fond historique, sociologique, est celui du monde, et où les "héros" sont exacerbés, mais finalement pas tant que cela caricaturés.

II s'agit selon la formule employée par Eugène Durif d'une farce pour parier du monde de façon carnavalesque. J'ai envie de parler sérieusement du monde carnavalesque dans lequel je vis qui est aussi celui dont il est question dans la pièce. II ne s'agit pas là d'une boutade, ou d'un quelconque retournement original pour faire l'original.

Si j'ai envie de ce sérieux comme point de départ c'est que je ne veux pas oublier le monde et fabriquer un monde purement théâtral, un monde grotesque et caricatural.

La farce, le procédé farcesque je l'entends comme citation.

Ce qui explique que je situe Têtes farçues dans le monde réel, le mien, celui d'aujourd'hui, que je vois, voue tout à être réaliste, les costumes, la scénographie, les lumières, le son...

Ce réalisme me semble être le meilleur témoin du grotesque impitoyable de notre époque. Un réalisme de l'apparent, un hyperréalisme de l'apparent.

Volontairement je ne dis pas apparat

Que la contrainte de ce monde n'empêche pas la boursouflure des êtres, car il est bien improbable de vivre ce réel sans lâcheté, sans perdre le nord, la boule, totalement déboussolé. L’espace de la démesure est là. On est forcément gros de l'intérieur, bouffi d'ambitions quand on est à subir la trique de l'étriqué du monde, et c'est le moment que choisit la langue pour se vomir d'elle-même, violente et sans mesure, la langue seule pour combattre et le monde et la culpabilité que nous avons à vivre ce monde, à y participer, à le perpétuer pendant qu'il nous engloutit, tout en se déréglant doucement Alors, oui, une farce.

Denis Lanoy