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Je définis comme réalisme le souci que j'ai de mettre Têtes
farçues en face du monde d'aujourd'hui. Que l'histoire soit sans l'Histoire.
Dans le politique. Qu'on puisse en rire.
Tragique d'en rire pour y réfléchir. Si le miroir est grossissant,
il n'est pas déformant.
J'ai donc à proposer quelque chose que je pourrais dire être
"réalisme hollywoodien". Ce genre de comédie exacerbée
qu'on frôle parfois sur nos écrans Où le fond historique,
sociologique, est celui du monde, et où les "héros"
sont exacerbés, mais finalement pas tant que cela caricaturés.
II s'agit selon la formule employée par Eugène Durif d'une
farce pour parier du monde de façon carnavalesque. J'ai envie de parler
sérieusement du monde carnavalesque dans lequel je vis qui est aussi
celui dont il est question dans la pièce. II ne s'agit pas là
d'une boutade, ou d'un quelconque retournement original pour faire l'original.
Si j'ai envie de ce sérieux comme point de départ c'est que
je ne veux pas oublier le monde et fabriquer un monde purement théâtral,
un monde grotesque et caricatural.
La farce, le procédé farcesque je l'entends comme citation.
Ce qui explique que je situe Têtes farçues dans le monde réel,
le mien, celui d'aujourd'hui, que je vois, voue tout à être réaliste,
les costumes, la scénographie, les lumières, le son...
Ce réalisme me semble être le meilleur témoin du grotesque
impitoyable de notre époque. Un réalisme de l'apparent, un hyperréalisme
de l'apparent.
Volontairement je ne dis pas apparat
Que la contrainte de ce monde n'empêche pas la boursouflure des êtres,
car il est bien improbable de vivre ce réel sans lâcheté,
sans perdre le nord, la boule, totalement déboussolé. L’espace
de la démesure est là. On est forcément gros de l'intérieur,
bouffi d'ambitions quand on est à subir la trique de l'étriqué
du monde, et c'est le moment que choisit la langue pour se vomir d'elle-même,
violente et sans mesure, la langue seule pour combattre et le monde et la
culpabilité que nous avons à vivre ce monde, à y participer,
à le perpétuer pendant qu'il nous engloutit, tout en se déréglant
doucement Alors, oui, une farce.
Denis Lanoy
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